Les enjeux de la démocratie et du développement dans les sociétés du Nord : L'expérience du Québec

Collection

Études théoriques et méthodologiques

Année

2004

Numéro

ET0410

Édition

Centre de recherche sur les innovations sociales

Résumé

Si la démocratie est définie comme régime où tout le pouvoir-direction s’enracine dans les citoyens, on peut dire que sur cinq mille ans d’histoire, elle fait figure d’exception dans la Grèce, les villes médiévales et les nations occidentales contemporaines. Mais, si l’on tient compte des 35 ou 40 mille ans d’existence de l’homo sapiens, la démocratie apparaît, selon Jean Baechler (1985), plutôt comme la condition normale, et ce sont les empires et les royaumes qui font exception. Ces derniers seraient le résultat de la violence et de la contrainte excessives. Quoiqu’il en soit, la démocratie apparaît maintenant comme la condition normale des sociétés du Nord alors qu’il faudrait sans doute être plus nuancé pour les pays du Sud (qui seront l’objet de réflexion de la part d’autres collègues). En ce qui concerne le développement, il peut être vu comme la conséquence de la démocratie. À partir du moment où la seule croissance économique est jugée comme insuffisante pour assurer l’égalité des chances et la justice sociale, il devient nécessaire de faire appel au politique et plus précisément à la démocratie pour exprimer des préférences collectives touchant le développement social et la qualité de vie que la croissance n’inclut pas spontanément. À la suite de la seconde guerre mondiale, nous avons assisté à une grande transformation (Polanyi, 1983), un passage du laisser-faire à des États interventionnistes qui ont permis un arrimage entre le développement économique et le développement social. Cet arrimage résulte d’un processus de démocratisation. La mondialisation leur remet en cause cet arrimage, ce qui laisse supposer le besoin d’une autre grande transformation, la nécessaire recherche d’un autre modèle de développement que le modèle néo-libéral. Dans cette présentation, nous voudrions montrer : 1) que les diverses formes de démocratie ont une importance variable selon le modèle de développement ; 2) qu’un des grands enjeux de la démocratie à l’ère de la mondialisation est l’articulation du développement économique et du développement social, plus largement l’expression de préférences collectives pour le vivre ensemble : 3) que les diverses formes de démocratie de même que leur articulation présentent autant d’enjeux. Dans cette visée, le texte comprend deux parties : une première précise les diverses formes de démocratie ; une seconde montre comment les formes de démocratie ont varié selon le modèle de développement (modèle fordiste ou keynésien, modèle partenarial et modèle néo-libéral). Cette analyse s’appuie sur les quarante années de l’expérience québécoise en matière de développement. Même si le Québec constitue une société distincte (ce qui est le cas de la plupart des sociétés), il peut être considéré suffisamment représentatif des pays du Nord pour alimenter le débat sur des questions communes, mais dont les réponses ont souvent été différentes.

mots clés

Démocratie, Citoyen, Pouvoir-direction, Québec, Modèle de développement, Croissance