Le syndicalisme de transformation sociale (Social Movement Unionism). Voie de renouvellement des théories du syndicalisme ? Le cas des services de garde

Collection

Études théoriques et méthodologiques

Année

2004

Numéro

ET0419

Auteur

Guy Bellemare

Anne-Renée Gravel

Louise Briand

Alain Vallée

Édition

Centre de recherche sur les innovations sociales

Résumé

Depuis quelques années, nous sommes à même de constater que le syndicalisme mondial est en perte de vitesse. Les principaux facteurs explicatifs de ce déclin recensés dans la littérature des relations industrielles sont de type structurel, entre autres, la globalisation des marchés, les nouvelles technologies, les variations dans les types d’emploi, la venue de gouvernements néo-libéraux au pouvoir et l’adoption subséquente de législations anti-syndicales, et les stratégies d’entreprises (restructurations, délocalisations). Bien que d’accord avec l’identification de ces causes du déclin du syndicalisme, nous considérons toutefois que ces analyses sous-estiment un aspect majeur : les causes culturelles liées au passage des sociétés modernes vers des sociétés de la modernité avancée (Giddens 1990) ou postmodernes. Plusieurs des propositions de relance du syndicalisme tournent autour de la création de coalitions, de social Movement Unionism ou de Community Unionism. Ces approches posent problème car même si elles clament la nécessité d’une ouverture aux autres groupes sociaux et d’une relation bidirectionnelle, elles sont tout de même principalement préoccupées par la syndicalisation et les conditions de travail des salariés, présentant la relation avec les autres groupes sociaux selon une optique instrumentale ou, tout au moins, comme ayant des objectifs limités en termes de transformations sociales. Cette ouverture à des coalitions de longue durée est nécessaire mais il faut que le syndicalisme et les autres mouvements sociaux transforment mutuellement leurs identités respectives. Or, cette dimension culturelle liée aux enjeux identitaires est généralement peu considérée dans la littérature au sujet de renouveau du syndicalisme. Dans ce texte, nous faisons état de la création et de la vie d’une coalition vieille de plus de trente ans entre des syndicats affiliés à deux centrales syndicales « concurrentes », les mouvements de femmes et les regroupements de parents en vue d’obtenir un réseau universel de services de garde à la petite enfance de qualité et accessible financièrement à tous les parents. Ce cas permet de montrer empiriquement comment le syndicalisme peut devenir de nouveau un mouvement social capable d’arracher à l’État une politique sociale d’envergure. Dans cette lutte sociale, le syndicalisme a eu à s’adapter dans ses relations avec les partenaires de cette coalition à deux réalités relativement nouvelles pour lui : celle du mouvement et des modes de gestion féministes, et celle de l’économie sociale

mots clés

garderie,petite enfance,syndicalisme,mouvements sociaux,syndicalisme de transformation sociale,modernité avancée,Giddens